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Placé sous le thème de l’intelligence artificielle, le Prix Design & Science – Université Paris-Saclay 2019 a été officiellement lancé jeudi 11 octobre au Palais de la découverte. Le mathématicien Marc Schoenauer, directeur de recherche à l’Inria et membre de la Mission Villani sur l’IA, était présent pour évoquer les rapports entre créativité et intelligence artificielle.

La créativité est-elle une capacité propre à l’humain ? La machine peut-elle avoir un pouvoir de création ? L’IA peut-elle influencer le processus créatif bien réel de l’humain ? Tour d’horizon de réalisations conçues par et avec les concepts et technologies de l’intelligence artificielle.

Une machine peut-elle penser ? La notion d’intelligence artificielle trouve son origine dans cette question existentielle formulée dans les années 1950 par le mathématicien britannique Alan Turing. Dans son article « Computing Machinery and Intelligence », il propose une expérience – connue aujourd’hui sous le nom de test de Turing – fondée sur la faculté d’une machine à imiter la conversation humaine.

Aujourd’hui, on définit l’intelligence artificielle comme un ensemble de concepts et de techniques mis en œuvre pour concevoir des machines capables d’imiter l’intelligence. L’intelligence artificielle est présente dans de nombreux domaines, de la reconnaissance faciale sur nos téléphones jusqu’au diagnostic du cancer. Sans nécessairement y prêter attention, nous utilisons régulièrement des services et outils fonctionnant grâce aux techniques d’intelligence artificielle : assistants virtuels, traducteurs automatiques, saisie prédictive, suggestions personnalisées…

Design et intelligence artificielle

En 2007, Marc Schoenauer collabore avec Philippe Morel, architecte et cofondateur de l’agence EZCT Architecture et Design Research, pour concevoir une chaise à partir d’algorithmes évolutionnaires, une famille d’algorithmes dont le principe s’inspire de la théorie de l’évolution. Cela consiste à faire évoluer artificiellement une population d’individus en modifiant leurs caractéristiques aléatoirement d’une génération à l’autre, et en sélectionnant ceux qui répondent le mieux à la question posée. Dans ce projet précis, il s’agissait de faire évoluer une série de chaise et de sélectionner celles qui étaient les plus résistantes et stables selon une manière de s’asseoir donnée.

« Ce qui intéressait [Philippe Morel], ce n’était pas la chaise, le résultat, mais le processus qui avait amené à la chaise. En l’occurrence, le processus d’évolution artificielle. » — Marc Schoenauer

La forme générée qui en résulte est en partie le fruit du hasard, le créateur n’ayant pas préalablement formalisé ou conceptualisé une forme souhaitée. Il intervient toutefois de manière cruciale dans le choix de l’espace dans lequel va évoluer cette population de création, et, dans le cas de l’évolution interactive, en sélectionnant, parmi un panel de propositions générées par l’algorithme, celles qu’ils jugent esthétiquement intéressantes. L’association du design et des sciences mathématiques permet d’entrevoir de nouveaux modes de conception d’objets où la position du créateur oscille entre acteur, de par ses choix déterminant, et spectateur, de par le caractère aléatoire de l’algorithme.

Art et intelligence artificielle

Depuis des siècles, les hommes n’ont cessé de développer leur capacité à représenter le monde, en particulier par la peinture, en élaborant des compositions au style unique. S’il n’existe aujourd’hui aucun système artificiel doté d’une telle capacité, il est cependant possible pour la machine, grâce au réseau neuronal artificiel profond – système dont la conception est inspirée du fonctionnement des neurones biologiques –, d’analyser et d’extraire le style et le contenu d’une image.

« Les réseaux de neurones profonds ne sont pas seulement des machines à classifier, ce sont aussi des machines à trouver des représentations » — Marc Schoenauer

En 2016, le public a découvert un portrait réalisé dans le style de Rembrandt grâce aux techniques d’intelligence artificielle et de fabrication additive. Intitulé The Next Rembrandt, le projet a été mené par une équipe composée d’historiens de l’art, de développeurs et de scientifiques, en collaboration avec Microsoft, la banque ING et plusieurs musées néerlandais. Pour y parvenir, plus de 160 000 fragments de 400 tableaux du peintre flamand ont été analysés et classifiés via un réseau de neurones. Les données recueillies ont ensuite été traitées par un algorithme pour parvenir à une représentation inédite. Il ne restait plus qu’à rendre physique ce qui était jusque là essentiellement virtuel. L’ensemble (la composition, les coups de pinceaux, jusqu’à la texture de la toile) fut enfin matérialisé à l’aide d’une imprimante 3D.

La machine n’a pas vocation ici à remplacer l’artiste. Cette expérimentation tend davantage à montrer comment l’intelligence artificielle, appliquée à la recherche en histoire de l’art, peut aider à mieux comprendre le processus créatif d’un artiste et la créativité de manière générale.

Musique et intelligence artificielle

Au-delà du design et de l’art, l’IA imprègne aussi le domaine de la création musicale. Dans les années 1990, le scientifique François Pachet, aujourd’hui directeur du Spotify Creator Technology Research Lab, développe pour Sony CSL le projet Continuator : un algorithme capable de créer une séquence musicale à partir de l’analyse d’une première séquence déjà existante. Projet qui débouchera sur Flow Machines, un ensemble d’algorithmes et une gigantesque base données constituée de partitions musicales, le tout capable de générer de la musique de manière autonome ou en collaboration avec des artistes.

C’est grâce à cette technologie qu’est sorti en décembre 2017 Hello Shadow de Skygge (Benoît Carré) en collaboration avec Kiesza, le premier titre de niveau professionnel composé à l’aide d’une intelligence artificielle. Le morceau a été composé en studio par les artistes en s’appuyant sur l’intelligence artificielle qu’ils utilisaient comme outil : « ils ont déclaré que c’était comme travailler avec un mec un peu fou qui balançait sans arrêt des idées et c’est eux qui assemblaient les idées que la machine leur donnait » cite Marc Schoenauer.

L’IA : un outil au service de la créativité

Musique, art, design, et même littérature, quel que soit le domaine d’expression, l’intelligence artificielle peut être un formidable outil pour les créatifs car elle leur permet d’explorer de nouvelles manières de créer et peut ainsi enrichir leur processus de création. Cependant, la machine ne se peut pas se substituer à l’imagination et à l’originalité humaine, deux notions indissociables du processus créatif, comme le rappelle Marc Schoenauer. En effet, la créativité consiste à exprimer un retour d’expérience qui est, par essence, unique et propre à l’homme et qui ne peut être, à ce jour, imité par un algorithme.

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